Loin de toute volonté de représentation pornographique
ou d'avilissement de la personne, le projet évolutif Eros: tend
à montrer et à magnifier ce que l'on ne voit que trop
rarement avec une représentation ouverte et décomplexée,
à savoir le sexe amoureux dans ses circonvolutions poétiques
potentielles. Ce projet se voudrait être une forme improbable
de la rencontre entre l'amour libre fouriériste et la poésie
électronique. Une invitation à la réflexion sur
la place et la valeur du sexe dans notre société, à
l'ère de sa marchandisation industrielle et exponentielle; une
critique du consumérisme par une proposition destinée
à questionner notre propre rapport à l'amour et à
nos systèmes de croyances et de fonctionnement.
Mais avant tout, Eros: est une partition poétique, une errance
au cœur de la carte du tendre, à partager et à méditer.
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Mains d'Œuvres - Paris/St Ouen - 23/24-05-2005 - photo Steffen
Rault

EROS:AGAPE @ Galerie Le Dojo - Nice - mars 2007
SCREENINGS
WITH INTERACTIVE REAL TIME AUDIO/VIDEO PROCESSING + PUBLIC COLLECTIVE
MASSAGE EXPERIMENT + LIVE ACTION


Galerie SKC, Belgrade - Dispatch festival - 10/04
Eros, marqué durablement par Platon et la chrétienté,
dimension interdite, rejetée, signé de l'insaisissable
d'une dia-bolè sensible. Eros, manqué dans l'histoire,
qui au moment même de sa possible reconnaissance (XVIIème,
XVIIIème siècle) s'est distillée peu à peu,
par le passage de l'écriture à la photo-graphie, sur les
surfaces scintillantes ou glacées des écrans ou des revues
spécialisées. Eros interdit, dans le déni d'un
dire, qui pourrait amener à conclure qu'entre sa condamnation
et sa libération extrême et pornographique, il aura été
manqué, il sera resté l'inapparent de ce qui nous anime
: notre désir et sa vibration charnelle.
Joachim Montessuis, créateur de composition video-poético-sonore
(La danse des fous), dans la lignée généalogique
de Chopin, de Duchamp ou Filliou, avec eros eros eros, ouvre justement
cette dimension de l'interdit, non pas dans un logos, mais par la création
d'un état vibratoire devant permettre de ressentir ce qui détermine
le flux sensible d'eros. Errance de la répétition qui
tourbillonne, eros visuel et sonore, loin de toute pornographie, qui
pour sa part vise immédiatement à l'excitation narcissique
de sa jouissance annoncée. Errance de cette répétition
steinienne, a rose is a rose, because eros is eros, il a travaillé
avec ce projet, à transformer l'excitation qui détermine
notre époque, en la retenue vibratoire d'images et de flux sonores
qui par leur caractère numérique, loin d'indiquer directement
la nudité et la prostitution (pornè), renvoie à
la distance, à l'entre-deux, au jeux hypnotiques de corps qui
se mêlent dans l'incroyable impossibilité d'en faire un
commerce ou d'être vu à la lumière crue d'un appétit
de consommation.
Car avant de dire eros, il faut en sentir le flux charnel. C'est parce
que l'occident a été obsédé par le langage
et l'objectivité, qu'il l'a manqué tout à la fois
en le rejetant ou en le suprématisant. C'est en ce sens que Montessuis
propose, avant tout discours, la plongée dans une image de cette
sensibilité qui ne fait qu'esquisser, suggérer, montrer
sous les traits du voile, de l'écart, le désir des corps.
Car, de toute évidence, eros, tension de désir, n'est
jamais un terme, mais un entre-deux, l'intensité vécue
d'une ouverture de soi à la présence de l'autre ou des
autres. Ainsi, Montessuis invite à nous rouvrir la question d'eros,
en revenant à la dimension qui était déjà
posée dans l'amour courtois, dont lui-même fait mention,
à savoir comme moment d'une rencontre qui loin de toute ligne
droite - ce qui caractérise selon Adorno la liaison contemporaine
- en revient aux chemins détournés, sinueux et aventureux
qui amènent les corps à se nouer et s'enchevêtrer.
Cette composition alors ne serait-elle pas l'initiation à une
tension amoureuse du corps, dont nous portons le deuil depuis déjà
des décennies ?
Philippe Boisnard
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Eros, long stigmatised by Plato and Christianity, is a forbidden dimension:
rejected, marked with the sign of a sensorial dia-bolé that perpetually
escapes us. Eros, that history missed: at the very moment its recognition
could have taken place (during the XVIIth and XVIIIth century), it gradually
faded, because of the shift from writing to photography, on the glazed
or scintillating surfaces of screens and adult magazines. Eros was banned,
but the denial of any spoken sentence leads us to conclude that between
its condemnation and its extreme pornographic liberation, it will have
been missed and will have remained the hidden dimension that animates
us: our desire and its carnal vibration.
Joachim Montessuis, poetic sound and video composer (La Danse des Fous,
The Dance of the crazes), as an heir of Chopin, Duchamp or Filliou,
opens up this forbidden dimension in Eros Eros Eros. He does so not
through the language of Logos, but by creating a vibratory state allowing
us to feel what drives Eros’ sensorial flow. The erring of a whirling
repetition, a visual and sonic Eros, is far from any kind of pornography
that is aimed at the immediate narcissistic excitement that leads to
a predictable bout of enjoyment. This confusing repetition is reminiscent
of Gertrude Stein: a rose is a rose because Eros is Eros. Joachim Montessuis
worked with this project, transforming the sexual excitement that determines
our era into a composed and vibrant flow of images and sounds. Their
digital character, instead of directly indicating nakedness and prostitution
(porné), leads to a distance, to the ineffable, to the fascinating
dance of bodies meeting. The amazing fact is that nothing can allow
anyone to make a commercial use of these bodies, or to regard them crudely
as consumable objects.
In order to express Eros, one must first feel its bodily flow. Precisely
because the Western world was obsessed by language and objectivity,
it missed Eros, simultaneously rejecting and idolising it. In this sense,
Montessuis proposes, before any discourse, to plunge in the images of
a sensibility that only sketches out suggestions of physical desire
through the presence of a veil and a discrepancy. Indeed, Eros and the
tension of desire is never a term, but a relationship, the intense experience
of oneself opening up to the presence of another, of others. In this
sense, Joachim Montessuis invites us to rediscover the question of Eros,
by returning to the dimension already apparent in medieval courtship
(Amour Courtois) to which he refers. By no means a straight line typical
of contemporary relationships, if we believe Adorno, but the encounter
that leads bodies -through convoluted and adventurous detours- to intermingle
and unite. Is this composition anything else than an initiation to an
amorous tension of the body, something we have been mourning for, for
decades already?
Philippe Boisnard
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